Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 23:50

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Un colloque a été organisé en décembre 2011 par VetAgro Sup, l'école vétérinaire de Lyon, sur un thème encore fort peu connu en France : L'animal peut-il être une sentinelle des maltraitances humaines ?  Parmi les intervenants se trouvait le Pr Montagner, que l'un de nous (Jean-Paul Richier) a eu la chance de rencontrer à cette occasion.
 
Le Pr Montagner, docteur ès Sciences, Professeur honoraire des Universités, ancien Directeur de Recherche à l’INSERM, ancien directeur de l’unité “Enfance Inadaptée” de l’INSERM, a dernièrement pris position contre l'accès des enfants aux corridas. Ce scientifique respecté au curriculum consistant s'intéresse à l'enfant depuis 40 ans, ainsi qu'aux relations homme-animal, notamment enfant-animal, depuis 30 ans. Et, comme tous les hommes de conviction, il continue actuellement à s'investir dans de nombreuses activités.

Nous reproduisons ci-dessous avec son autorisation un courrier qu'il a adressé à Jacques Hintzy, Président de l'UNICEF-France, ainsi qu'à des responsables de l’UNICEF à Genève et à New York.

Pour rappel, L'UNICEF-France s'était tristement illustré depuis plusieurs années en participant à la Féria des Enfants qui accompagne en mai la Féria de la Pentecôte de Nîmes, et s'était allié à l'Association des Maires de France pour déclarer en 2006 "Villes Amies des Enfants" Nîmes et Arles, villes de corridas très actives dans le prosélytisme taurin envers les mineurs (pour plus de précisions, consulter cet article).
Suite aux réactions des internautes, l'UNICEF-France s'était cru obligé de publier une justification, mais d'après nos renseignements n'a plus participé en 2011 à la Féria des Enfants.

Quoi qu'il en soit, au vu de la mauvaise foi des représentants de l'UNICEF-France, ce courrier d'un spécialiste de la pointure du Pr Montagner est tout à fait salutaire.
 
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BORDEAUX, le 6 janvier 2012

 

Monsieur Jacques HINTZY

Président de UNICEF France,

3 rue Duguay Trouin,

75282 Paris Cedex 06

 

Monsieur le Président,

 

Ayant eu l’honneur, le plaisir et le privilège de diriger pendant plus de trente ans des recherches scientifiques sur le développement de l’enfant dans ses différents lieux de vie, je reste très attentif à la reconnaissance effective de ses besoins et droits, dans le respect de ses particularités, mais aussi de la pluralité des familles et cultures ainsi que de la diversité des peuples, dans l’esprit notamment de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Je suis particulièrement sensible aux améliorations et innovations qui favorisent  l’épanouissement et les différentes “constructions” des enfants, en particulier la sécurité affective, les liens d’attachement, les systèmes d’interaction et de communication, les rythmes biopsychologiques et les capacités d’adaptation, thèmes principaux des recherches développées avec mes équipes à l’Université et à l’INSERM (voir les éléments de mon CV en pièce jointe).

 

Parallèlement, nous avons recherché les facteurs personnels, familiaux, sociaux et institutionnels qui peuvent déstabiliser tout au long du développement les équilibres biopsychologiques et les conduites, notamment chez les enfants dont les particularités sont considérées comme des “troubles” du développement et/ou du comportement. Etant donné l’objet de la présente lettre, il me paraît nécessaire de préciser que certaines recherches ont porté sur les interactions et relations des enfants avec ces “partenaires” que l’on nomme animaux familiers ou de compagnie (voir la bibliographie). J’ai eu ainsi l’honneur de présider la conférence internationale sur les relations entre l’Homme et les animaux qui s’est tenue à MONACO en 1989, de faire partie du “board” de colloques internationaux sur “Man-animal relationship”, et de faire partie de “l’editorial board” du périodique américain “Anthrozoos”, spécialisé dans la publication des études sur la relation “Homme- animal”.

 

En lien avec mes activités scientifique, je me sens évidemment et “naturellement” concerné par les principes, réflexions, propositions, décisions et actions de l’UNICEF dont la mission officielle est “de défendre les droits des enfants, d'aider à répondre à leurs besoins essentiels et de leur donner davantage d'opportunités de s’épanouir pleinement”, dans le cadre des dispositions et principes de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant. Les quatre principes fondamentaux de cette Convention étant “la non-discrimination, la priorité donnée à l'intérêt supérieur de l'enfant, le droit de vivre, de survivre et de se développer, et le respect des opinions de l'enfant”, je ne peux qu’adhérer aux droits fondamentaux de tous les enfants du monde, définis à partir de ces principes, c’est-à-dire : 

** “le droit à la survie”;

** “le droit de se développer dans toute la mesure du possible”;

** “le droit d'être protégé contre les influences nocives, les mauvais traitements et l'exploitation”;

** “le droit de participer à part entière à la vie familiale, culturelle et sociale”.

 

J’observe que, très logiquement et avec force, le nouveau Directeur de l’UNICEF, Monsieur Anthony LAKE a souligné dans son discours du 11 octobre 2011 au cours de la table ronde sur la violence à l’encontre des enfants que “Protéger les enfants de la violence, de l'exploitation et des abus est un impératif moral. Un impératif urgent car, dans le monde, des millions d'enfants sont les victimes d'inexcusables actes de cruauté”. Parmi les violences subies par les enfants, il évoque notamment la violence psychologique”. Dans son discours, Monsieur Anthony LAKE précise que, indépendamment de l'endroit”... “le résultat final” (de ces violences) “peut être le même” : un enfant paralysé par la peur, ou même diminué par le manque d'assurance”... La conclusion est claire : “Prévenir la violence contre les enfants est essentielle, non seulement pour leur propre bien-être, mais pour la santé et le progrès de notre communauté mondiale”.

 

S’agissant de la France, et aussi, bien évidemment, de l’Espagne et de l’Amérique latine, l’une des violences subies par les enfants est sans aucun doute le « spectacle » de la corrida, “forme de course de taureaux consistant en un combat à l'issue duquel le taureau est mis à mort”... même quand l’enfant paraît fasciné (voir plus loin). On ne peut que souscrire aux effets négatifs qui ont été énumérés par le collectif de 90 psychiatres et psychologues créé autour de J.P. RICHIER et J. LEQUESNE, et recensés par Dimitri MIEUSSENS dans VegMag/Regard Animal de mai-juin 2011 et juillet-août 2011 :

** effets traumatiques ;

** accoutumance à la violence ;

** fragilisation du sens moral ;

** perturbations des valeurs.

 

J’ajoute que le “spectacle” de la corrida avec les banderilles plantées par le torero et les picadors dans le corps de l’animal, le sang qui coule, les tentatives “désespérées” du taureau pour échapper à des tortures et souffrances qu’il ne peut fuir, et la mise à mort sanglante du taureau, a une forte probabilité de nourrir et renforcer l’insécurité affective des enfants, surtout les plus fragiles et vulnérables. En particulier, quand ils sont émotifs, anxieux et angoissés, et aussi quand ils ont noué des interactions accordées (ajustements et partages des comportements, des émotions des affects et des rythmes d’action) avec un animal qu’ils considèrent comme un ami et un confident. Ils ont en effet le sentiment de ne pas être abandonnés, oubliés, délaissés, en danger... grâce à ce compagnon qui fait partie de leur univers émotionnel et affectif comme s’ils étaient humains. Ils peuvent tout lui dire sans se sentir jugés et trahis, notamment lorsqu’ils sont en souffrance dans leur famille, à l’école ou ailleurs.

 

“Parallèlement”, j’ai souvent constaté la détresse des enfants devant un chien, un chat, un lapin... blessés ou tués par un véhicule, ou encore par un chasseur, un voisin irascible, un parent... Il m’est arrivé aussi de voir en milieu rural des enfants en larmes, prostrés ou agités, parfois inconsolables, devant la souffrance d’un mouton, d’une vache, d’un cheval, d’un chevreuil... blessés et ensanglantés. Le mal-être et le chagrin des uns et des autres  se retrouvent dans leurs discours, leurs dessins et leurs écrits... également “ensanglantés”, à la maison et à l’école. Ils génèrent souvent des peurs, blocages affectifs et/ou inhibitions plus ou moins invalidants, ainsi que des “troubles” du sommeil et du rythme veille-sommeil (difficultés d’endormissement, insomnies, réveils “accompagnés” de cauchemars et, chez les plus jeunes, de terreurs). On peut faire l’hypothèse forte que le “spectacle” sanglant et morbide de la corrida entraîne des perturbations comparables, même si on ne dispose pas de données scientifiquement fondées. C’est en tout cas ce que disent des parents qui ont assisté occasionnellement à une corrida avec leur(s) enfant(s), qui ont visionné ensemble un film mettant en scène une corrida, ou encore dans le cadre d’une narration ou d’une lecture. 

 

En outre, connaît-on vraiment les motivations réelles des enfants qui émettent le souhait d’assister à une corrida, en particulier ceux que leurs parents inscrivent dans une école tauromachique ? S’agit-il d’un engouement réel pour la tauromachie, d’une fascination pour le toréro, d’une posture pour épater les copains-copînes, d’un engagement pour faire plaisir à un ou des parents... ?

 

Enfin, pour répondre aux Français qui mettent en avant  les traditions et la culture, la corrida n’est pas ancrée dans l’histoire et la culture de la France.  Elle a été codifiée et pratiquée en Espagne dans sa forme actuelle depuis le XVIIIème siècle, avec à cette époque une mise à mort effectuée par le matador à pied et armé de sa seule épée.... et non pas en France. “Elle est d'autant plus espagnole qu'elle est l'œuvre lente d'un peuple et de ses gouvernants” (voir les encyclopédies), même si, au cours de l’antiquité, les « jeux taurins » et le culte du taureau ont eu une grande importance dans tous les pays du bassin méditerranéen. L’allégation selon laquelle la tauromachie est d’origine romaine est fréquemment réfutée par les historiens. Faut-il rappeler que les 3/4 des Français sont défavorables aux corridas et que 2/3 souhaitent leur interdiction pure et simple, y compris dans les régions concernées.

 

Il est donc consternant, incompréhensible, indigne et honteux que, sous la pression de la Fédération des Sociétés Taurines de France (FSTF), et avec la complicité du Ministre de la culture, la France soit le premier pays qui ait inscrit, comme l'ont annoncé les partisans de la corrida le 22 avril 2011, la tauromachie dans le Patrimoine immatériel français. Selon la FSTF “c'est un premier pas vers l'inscription au patrimoine de l'UNESCO, l'Espagne et les autres pays taurins ne vont pas manquer de suivre l'exemple de la France”. “En attendant” que la France annule cette inscription infamante de la tauromachie dans son Patrimoine immatériel, je n’ose penser que l’UNESCO, et donc aussi l’UNICEF, puissent se prêter à un tel déni d’humanisme.

 

Pourtant, je suis troublé que l’UNICEF France ait accordé le label “villes amies des enfants” à NIMES et ARLES. En effet, ces deux villes ont créé des écoles de tauromachie espagnole, donc de “spectacles” avec mise à mort de taureaux dans les arènes (centre de tauromachie et centre français de tauromachie de NIMES ; école taurine d’ARLES). Dès l’âge de dix ans, on y fait courir aux enfants de gros risques en les mettant en présence de veaux et vachettes plus lourds et souvent plus grands (on peut se demander pourquoi nous ne disposons pas de statistiques sur les accidents et blessures des enfants heurtés, renversés ou piétinés... ce qui doit logiquement arriver). On leur apprend à manier le poignard, une arme sacrificielle... Ils baignent forcément dans l’illusion narcissique de “l’habit de lumières” du matador et du statut de star qui en découle. Mais, que deviennent les jeunes après la perte de ce statut éphémère, et après les blessures plus ou moins graves et invalidantes dont ils ont été les victimes au “combat” ?

 

En tenant un stand à la féria des enfants de NIMES qui précède la corrida de Pentecôte, l’UNICEF France cautionne implicitement la “corrida espagnole” qui prolonge cette manifestation, c’est-à-dire la mise à mort de taureaux dans les arènes.

 

Objectivement, on n’est plus dans “la priorité donnée à l'intérêt supérieur de l'enfant”, l’un des quatre principes fondamentaux de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant du 20 novembre 1989. Objectivement, on bafoue “le droit de l’enfant d'être protégé contre les influences nocives”.  Objectivement, on ne tient pas compte de l’adresse exemplaire de Monsieur Anthony LAKE “Prévenir la violence contre les enfants est essentielle, non seulement pour leur propre bien-être, mais pour la santé et le progrès de notre communauté mondiale”.

 

Non inféodé à un pouvoir politique ou autre, mais fidèle à mes engagements pour améliorer le bien-être, l’épanouissement, les équilibres biopsychologiques, les ressources morales et humaines, le devenir et l’avenir des enfants dans leurs différents lieux de vie, à tous les âges et dans toutes les cultures, je vous demande, Monsieur le Président, de mettre fin à la présence de UNICEF France à la féria des enfants de NIMES, et de reconsidérer l’attribution du label “villes amies des enfants” aux agglomérations qui soutiennent les écoles tauromachiques, incompatibles avec les principes éducatifs et humanistes de l’ONU, de l’UNESCO, de l‘UNICEF, du Conseil de l’Europe... et de bien d’autres organisations.

 

En vous remerciant, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute considération et l’expression de mes sentiments respectueux.

 

  

 

Hubert MONTAGNER, docteur ès Sciences

Professeur des Universités en retraite

ancien Directeur de Recherche à l’INSERM

ancien directeur de l’unité “Enfance Inadaptée” de l’INSERM

Par PSY
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Samedi 7 mai 2011 6 07 /05 /Mai /2011 15:09

PCI - Bebb

dessin de Bebb

 

Le courrier suivant a été adressé à : 

 
M Christian Hottin
Adjoint au chef du Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique
Ministère de la culture et de la communication
3 rue de Valois - 75033 Paris Cedex 01

 
M Pascal Liévaux
Chef du Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique
Ministère de la culture et de la communication
3 rue de Valois - 75033 Paris Cedex 01
 
M Philippe Belaval
Chef de la Direction Générale des Patrimoines
Ministère de la culture et de la communication
3 rue de Valois - 75033 Paris Cedex 01

M le Ministre
Ministère de la culture et de la communication
3 rue de Valois - 75033 Paris Cedex 01
 
M le Premier ministre
Hôtel de Matignon
57, rue de Varenne
75700 Paris
 
M le Président de la République
Palais de l'Elysée
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris
 
Et, avec une rédaction quelque peu différente, à :

Mme Rama Yade
Ambassadrice, Déléguée permanente
Maison de l'UNESCO - Bureau M18.14
1 rue Miollis - 75732 Paris Cedex 15

 

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Dr Jean-Paul Richier                                                    M Joël Lequesne

 

 

Coordinateurs du collectif de psychiatres et de psychologues

demandant que les moins de 16 ans n'aient plus accès aux corridas


 

 

                                                                      Paris, le 2 mai 2011

 

Monsieur [le...],

 

Le Ministère de la Culture et de la Communication a décidé d'inscrire la corrida à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel français.

 

Cette inscription est censée suivre les critères de la Convention pour la Sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel adoptée par l'UNESCO en 2003. Il s'agit notamment de protéger les traditions populaires et la diversité culturelle, menacées par la désuétude, le désintérêt, l'uniformisation économique.

Or, cette mesure a été obtenue par L'Union des Villes Taurines Françaises et une association 1901 dénommée Observatoire National des Cultures Taurines, présidée par André Viard, non pas pour protéger la corrida de l'oubli ou la désuétude, mais pour « préserver la culture taurine de toutes les attaques dont elle est l'objet au nom de supposés "droits des animaux" » (cf le communiqué de l'UVTF sur le site d'André Viard le 14 décembre 2009).

 

Le président de l'ONCT confirme cette raison dans l'annonce qu'il fait sur son site de l'inscription, le 22 avril 2011 :

« l'Observatoire décida de voir plus loin et de passer du simple stade de la défense ponctuelle chaque fois que des attaques se présentaient, vers une stratégie de consolidation à long terme, ce qui passait par un ancrage institutionnel au niveau culturel.
Le projet "patrimoine", mené dans la plus grande discrétion pendant deux ans, a été minutieusement préparé »

 

Il s'agit d'un détournement inacceptable de l'esprit de la Convention de 2003. D'autant que la Convention insiste, dans le dernier considérant de son préambule, sur « le rôle inestimable du patrimoine culturel immatériel comme facteur de rapprochement, d’échange et de compréhension entre les êtres humains », et dans le dernier critère de sa définition du PCI (article 2, § 1) sur « l’exigence du respect mutuel entre communautés, groupes et individus ».

 

Nous n'insisterons pas sur la contestation dont fait l'objet la corrida depuis son introduction en France il y a bientôt 160 ans, et les nombreuses batailles médiatiques, administratives, juridiques, et législatives qui s'en sont suivies.

 

Nous ne reviendrons pas sur son statut actuel : interdite par le Code pénal sur plus des neuf-dixièmes du territoire, tolérée par dérogation dans quelques dizaines de communes ; objet d'une PPL demandant l'application du Code pénal sur tout le territoire, signée par plus de 70 députés (et en l'attente des signataires socialistes) ; réprouvée par les trois-quarts des Français selon les enquêtes d'opinion, y compris dans les régions dites taurines ; combattue vigoureusement par diverses organisations, et faisant l'objet de polémiques récurrentes dans les médias.

 

Nous nous contenterons d'ajouter que logiquement, quand bien-même il existe une dérogation territoriale, l'accès des arènes devrait être interdit aux mineurs. En France les mineurs sont protégés des spectacles violents, qu'il s'agisse de la signalétique obligatoire définie par le CSA, de la règlementation sur l'accès des mineurs aux salles de cinéma, de l'article 227-24 du Code pénal punissant tout « message à  caractère violent » lorsqu'il est « susceptible d'être vu ou perçu par un mineur. » Une proposition de loi visant à interdire l'accès aux courses de taureaux aux mineurs de quinze ans a été déposée en septembre 2007 par trois députés, rejoints par d'autres. Et une vingtaine de parlementaires de diverses couleurs ont sous l'actuelle législature posé des questions écrites au Ministère de l'Intérieur ou de la Justice, pour soulever le problème de l'accès aux arènes des moins de 15 ou 16 ans. 

 

C'est ainsi que notre collectif de 75 psychiatres et psychologues attire l'attention sur les répercussions possibles du spectacle de la corrida sur les mineurs, notamment en termes de choc affectif ou d'accoutumance à la violence.

En Amérique latine, ces dernières années, des instances publiques en charge des droits de l'homme, ou des droits des enfants et des adolescents, ont pris position contre l'implication des enfants dans les corridas, que ce soit en tant que spectateurs (comme en Équateur, ou dans l'État de Mérida au Vénézuela) ou en tant qu'acteurs (comme dans les États du Yucatán ou du Chiapas au Mexique).

Dans le domaine encore plus large de l'impact sur les hommes des violences faites aux animaux, en juillet 2010, 275 professionnels et universitaires de plusieurs pays (dont la France) dans les domaines des sciences sociales, humaines, médicales et juridiques ont co-signé une lettre attirant l'attention sur le lien entre les violences envers les animaux et les violences envers les humains (consultable sur notre site).

 

Toutes ces données montrent que la corrida est loin d'être une « pratique culturelle » comme une autre. Elle suscite des débats et alimente des divisions.

 

Par cette inscription, le Ministère de la Culture et de la Communication a incontestablement été à l'encontre de l'esprit de la Convention de 2003. Cette initiative porte tort à de nombreux citoyens, à des organisations, à des élus, et à tous les professionnels soucieux des répercussions sur les hommes des violences faites aux animaux.

Cette inscription doit être supprimée.

 

Doivent être aussi expressément supprimées les fiches d'inventaire de la rubrique Pratiques festives faisant référence aux férias, où si souvent des enfants sont emmenés à des corridas ou des novilladas, qui plus est avec réduction du prix d'entrée voire gratuité :

- Hèstas e Hestaires, Fêtes et Festayres

- Fêtes de Bayonne

- Fêtes de Dax.

 

En vous remerciant de votre attention, nous vous prions de croire, Monsieur [le...], à l'assurance de notre considération distinguée.

 

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Par PSY
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Mercredi 27 octobre 2010 3 27 /10 /Oct /2010 16:51

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  D'après Antonio Mingote

 

La motion présentée sur ce site s'inscrit dans une double logique de protection de l'animal et de protection de la jeunesse. Elle vise à attirer l'attention sur les répercussions possibles du spectacle de la corrida sur les esprits, notamment en termes de choc affectif ou d'accoutumance à la violence.

 

 

Exposé de la situation

 

La corrida est un spectacle au cours duquel six taureaux sont lâchés successivement dans une arène. Chaque taureau y reste une vingtaine de minutes, durant lesquelles il est blessé de façon codifiée à l'aide de divers instruments de métal, jusqu'à sa mort.

Dans les plus rares corridas portugaises, durant lesquelles le taureau est blessé par un cavalier, le taureau est abattu après le spectacle.

En France, la corrida est un délit en tant que "sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux", mais les auteurs de ce délit bénéficient d'une immunité légale dans certaines zones de onze départements du sud au titre d'une "tradition locale" (alinéa 7 de l'article 521-1 du Code pénal). Précisons qu'une nouvelle proposition de loi visant à supprimer cette dérogation peu constitutionnelle a été déposée en juillet 2010, et déjà co-signée par plusieurs dizaines de députés.

Rappelons enfin que les enquêtes d'opinion montrent que les trois-quarts des Français sont opposés à ce spectacle, et que les deux-tiers souhaitent son interdiction pure et simple.

 

Les mineurs, quel que soit leur âge, peuvent assister à ces spectacles. Leur entrée est même favorisée par des réductions de prix, voire la gratuité des places.

 

Les taurins font du prosélytisme intensif envers les mineurs.

Les arènes subissent une baisse de fréquentation (ainsi en 2009, 15 à 20% de spectateurs en moins en France, et 30% en Espagne).

L'un des axes stratégiques majeur du "mundillo", le monde de la corrida, est de favoriser la relève par des actions auprès des enfants. Ceci peut prendre la forme de festivités visant les enfants (comme la Féria des Enfants à Nîmes, la Féria de los Ninos à Arles ou la Féria di Pichoun à Saint-Martin-de-Crau). Ceci peut aussi prendre la forme plus insidieuse d'actions prétendument culturelles dans les établissements scolaires : interventions de matadors ou d'associations tauromachiques, concours de dessins ou d'affiches sur le thème de la corrida, sorties "pédagogiques" à des expositions, des salons, des rencontres taurines, voire à des prestations tauromachiques.

 

Enfin, il existe en France quatre écoles de tauromachie comportant des formations aux corridas pour les mineurs : Nîmes (Gard) depuis 1984, Arles (Bouches-du-Rhône) depuis 1988, Béziers (Hérault) depuis 2003, et Cauna (Landes) depuis 2006. Les enfants y sont admis à partir de 10 ans voire moins, le mercredi et/ou le samedi après midi. Il en viennent à s'exercer sur des veaux dans le cadre de "becerradas" (mettant en jeu des veaux de moins de 2 ans, avec banderilles et avec ou sans mise à mort) ou de "novilladas" (mettant en jeu des taurillons de 3 à 4 ans, avec ou sans piques, avec banderilles et avec mise à mort).


Analyse du problème

 

Un intérêt particulier a été porté ces dernières années à la question des violences observées par l'enfant et l'adolescent.

 

La question des violences fictives (films, télévision, jeux vidéos) avait fait l'objet de deux rapports ministériels remis fin 2002 : le rapport de Claire Brisset, Défenseure des enfants, au Ministre de la Justice, et le rapport de Blandine Kriegel, philosophe, au Ministre de la Culture et de la Communication.

Les spectacles de violence qu'ils analysent concernaient implicitement ou explicitement une violence exercée sur d'autres humains, mais il y a lieu de penser que certaines conclusions de ces rapports peuvent être étendues à la violence du spectacle de la corrida.

 

La littérature médicale sur l'impact des spectacles de violences chez l'enfant et l'adolescent insiste généralement sur deux types d'effets :

- L'effet traumatique.

Cet effet est documenté par des témoignages de personnes ayant été profondément choquées par le spectacle de la corrida alors qu'elles étaient mineures. Une vingtaine de témoignages écrits nominatifs avaient ainsi été présentés lors des Rencontres Animal et Société organisées par le gouvernement en 2008.

- L'incitation et/ou l'accoutumance à la violence.

Ces vingt dernières années, une masse croissante de travaux, essentiellement anglophones, est venue documenter le lien entre la violence envers les animaux et la violence envers les humains.


Certaines études font état plus particulièrement des conséquences chez les enfants ayant assisté à des maltraitances animales, soit en termes subjectifs (bouleversement affectif), soit en termes comportementaux (reproduction de mauvais traitements envers des animaux, mais également envers des humains). Le facteur "culturel" ne saurait à lui seul immuniser les enfants spectateurs, surtout lorsqu'il s'agit d'un fait culturel aussi largement contesté que la corrida.

 

D'un point de vue juridique, l'accès des mineurs aux arènes est une anomalie. En effet, le code pénal faisant état de "sévices graves ou actes de cruauté", quand bien-même il existe une dérogation territoriale, l'accès des arènes devrait être interdit aux mineurs. En France les mineurs sont protégés des spectacles violents : signalétique obligatoire définie par le CSA (art. 15 de la loi du 30 septembre 1986 ayant donné lieu à la signalétique TV du CSA : 10, 12, 16 ou 18 ans), règlementation de l'accès aux salles de cinéma (décret du 23 février 1990 précisant les modalités des classifications cinématographiques : 12, 16 ou 18 ans, décret du 15 mai 1992 précisant les modalités d'accès des mineurs aux salles de cinéma), art. 227-24 du Code pénal punissant tout "message à  caractère violent" lorsqu'il est "susceptible d'être vu ou perçu par un mineur."

 

Signalons qu'une proposition de loi visant à interdire l'accès aux courses de taureaux aux mineurs de quinze ans a été déposée en septembre 2007 par trois députés, rejoints par d'autres. Et qu'une vingtaine de parlementaires de diverses couleurs ont sous l'actuelle législature posé des questions écrites au Ministère de l'Intérieur ou de la Justice, pour soulever le problème de l'accès aux arènes des moins de 15 ou 16 ans. 

 

Bien entendu, le spectacle de la corrida n'est pas un facteur de traumatisme pour tous les enfants.

Bien entendu, la corrida n'est pas de nos jours un facteur de violence majeur, par rapport aux problèmes de sécurité socio-économique, de cohérence éducative, de structure familiale, ou d'environnement urbanistique. 

Mais il s'agit au moins, en principe, d'un facteur que la société peut contrôler.

 

Par PSY
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Présentation

  • : Ce site met en ligne une motion, signée à ce jour par 90 psychiatres et psychologues, demandant que les moins de 16 ans n'aient plus accès aux corridas. Notre collectif est ouvert aux nouveaux signataires.

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